La réponse que tu n’as pas envie d’entendre.
« Je vais le prendre quelques mois, le temps de perdre le poids que je vise, et j’arrêterai une fois arrivée à mon objectif. »
C’est souvent comme ça qu’on envisage les choses au départ.
Pas vraiment comme un traitement au long cours, plutôt comme un coup de pouce ponctuel, le temps d’atteindre un objectif de perte de poids.
Et derrière cette idée, il y en a une autre, plus anxiogène, qu’on formule rarement à voix haute :
« Si j’arrête, est-ce que je vais tout reprendre ? »
Je vais te donner une réponse nuancée, basée sur ce que disent réellement les études, pas sur l’idée toute faite qu’il suffirait d’avoir «pris de bonnes habitudes» ou «appris à manger» pendant le traitement pour pouvoir s’en passer ensuite.
Comment agissent ces traitements ?
Wegovy (sémaglutide) et Mounjaro (tirzépatide) ne sont pas des coupe-faim au sens classique.
Ils agissent sur plusieurs mécanismes de la régulation alimentaire : moins de faim, plus de satiété, vidange gastrique ralentie, meilleure régulation glycémique.
Concrètement, pour beaucoup de personnes, ça se traduit par quelque chose d’assez nouveau : la nourriture prend moins de place, les pensées alimentaires deviennent moins envahissantes, les portions diminuent sans effort.
C’est en grande partie ce qui explique leur efficacité.
Oui, ils sont vraiment efficaces
Clairement, ces traitements sont de vraies avancées dans la prise en charge de l’obésité.
Dans l’étude STEP-1, la perte de poids moyenne avec le sémaglutide était de 14,9 % à 68 semaines (contre 2,4 % sous placebo). Avec le tirzépatide (SURMOUNT-1), on monte jusqu’à 20,9 % à la dose la plus forte. Et l’étude SURMOUNT-5, qui compare directement les deux molécules, retrouve 20,2 % avec le tirzépatide contre 13,7 % avec le sémaglutide à 72 semaines.
Ça ne veut pas dire que toi tu perdras exactement ce pourcentage-là. Mais ça montre qu’on dispose aujourd’hui d’outils capables de vraiment faire bouger les choses.
Mais non, ils ne guérissent pas l’obésité
Et c’est là que ça devient plus délicat à entendre.
On imagine parfois le scénario suivant : le médicament m’aide à perdre du poids, pendant ce temps j’apprends à mieux manger, puis j’arrête et je garde mes nouvelles habitudes.
C’est séduisant. Mais malheureusement les études ne permettent pas de le promettre.
Le médicament agit sur des mécanismes biologiques de la faim et de la satiété. Il ne te reprogramme pas biologiquement à avoir moins faim définitivement, il modifie le signal tant qu’il est présent.
Quand tu l’arrêtes, l’effet disparaît progressivement, et les mécanismes qui favorisaient la prise alimentaire peuvent reprendre leur place.
Ça ne veut pas dire que le médicament crée une dépendance. Ça veut dire que son effet dure le temps qu’il est là.
Ce que montrent les études sur l’arrêt
Avec le sémaglutide, le suivi post-arrêt de STEP-1 est parlant : après 68 semaines de traitement, les participants avaient perdu 17,3 % de leur poids. Un an après l’arrêt, ils en avaient repris 11,6 points (grosso modo les deux tiers du poids perdu). Pas tout, mais une part importante. Et ça, malgré les changements de mode de vie mis en place pendant l’étude.
Avec le tirzépatide, SURMOUNT-4 montre la même chose : ceux qui continuent le traitement maintiennent ou améliorent leur perte de poids, ceux qui passent au placebo en reprennent une bonne partie.
Le message est clair : poursuivre ou arrêter le traitement, ce n’est pas la même trajectoire, même après une grosse perte de poids.
Si j’ai repris du poids c’est que j’ai échoué ?
Non. Et j’insiste vraiment là-dessus, parce que c’est le cœur du sujet.
L’obésité est une maladie chronique où se mêlent des mécanismes biologiques, psychologiques, environnementaux et comportementaux.
La perte de poids elle-même déclenche des adaptations physiologiques qui poussent à en reprendre.
Ces médicaments agissent justement sur une partie de ces mécanismes.
Pense à un traitement contre l’hypertension : si ta tension remonte quand tu l’arrêtes, personne ne dira que tu as mal fait ou que le traitement n’est pas efficace.
Le traitement agissait sur la maladie, tant que tu le prenais. Pour l’obésité, c’est pareil.
Le retour de la faim et la reprise de poids après l’arrêt ne sont pas des échecs comportementaux. C’est le signe que l’effet pharmacologique s’est estompé.
Alors, faut-il le prendre à vie ?
Honnêtement : on ne sait pas encore, on manque de recul pour l’affirmer pour tout le monde. Mais on ne peut pas non plus faire comme si l’arrêt était forcément l’objectif final.
Ce que les données montrent, c’est que le maintien du traitement permet en général de mieux conserver la perte de poids que son arrêt. Ce qui est cohérent avec le fait que l’obésité est aujourd’hui reconnue comme une maladie chronique et récidivante.
La vraie question n’est donc pas « comment faire pour arrêter », mais plutôt : quelle prise en charge te permet de vivre mieux et durablement avec ton poids et ta santé ?
Pour certains, ce sera un traitement au long cours. Pour d’autres, une adaptation sera possible. Et un arrêt, quand il a lieu, ne devrait jamais être présenté comme la preuve d’une « guérison ».
Et les « bonnes habitudes », dans tout ça ?
Elles restent précieuses. Mais pas pour la raison qu’on leur prête souvent.
Une alimentation adaptée et une activité physique régulière sont très importantes en parallèle au traitement. Elles t’aident à préserver ta masse musculaire, réduire le risque de carences, soutenir ta santé cardiométabolique, ta condition physique, ta santé mentale, et ton rapport à l’alimentation.
En revanche, on n’a pas de preuves qu’à elles seules elles puissent neutraliser la reprise de poids liée à l’arrêt du médicament.
Là où l’accompagnement nutritionnel et psycho-comportemental prend tout son sens
Paradoxalement, une faim qui diminue autant peut créer de nouveaux problèmes : manger trop peu, ne plus couvrir ses besoins en protéines, en fibres, boire insuffisamment, perdre trop de masse musculaire.
Une analyse de la composition corporelle dans SURMOUNT-1 suggère qu’environ 75 % de la perte de poids sous tirzépatide correspond à de la masse grasse, et 25 % à de la masse maigre. Préserver cette masse musculaire devient donc un vrai enjeu.
Mon rôle, dans ce contexte, n’est pas de te faire manger encore moins (le médicament s’en charge très bien tout seul).
Il est de faire en sorte que cette diminution spontanée des apports reste nutritionnellement suffisante, de t’aider à préserver ta masse musculaire et à gérer les effets secondaires digestifs.
Par ailleurs, Wegovy et Mounjaro peuvent faire baisser la faim et certaines compulsions. Mais ils ne traitent pas directement la culpabilité alimentaire, la peur de grossir, les restrictions cognitives, l’alimentation émotionnelle, le rapport au corps, le besoin de contrôle, ni certaines croyances alimentaires bien ancrées.
Le médicament peut baisser le bruit. Il ne règle pas forcément ce qu’il y a derrière.
Et c’est justement quand la faim devient moins envahissante que s’ouvre une fenêtre intéressante pour travailler sur tout ça.
Et si on arrête, alors ?
Si la faim revient et que le poids remonte, ça ne veut pas dire que tout le travail fait avant était inutile. Ça veut probablement dire que le traitement apportait un bénéfice biologique réel.
C’est le moment d’en reparler avec ton prescripteur : reprendre, ajuster, poursuivre, ou arrêter malgré tout.
Il n’existe pas aujourd’hui de réponse unique valable pour tout le monde, et les stratégies de sevrage progressif restent encore trop peu étudiées pour être présentées comme validées.
Ce qu’il faut retenir
- Oui, Wegovy et Mounjaro sont des traitements très efficaces de l’obésité.
- Non, ils n’effacent pas définitivement les mécanismes biologiques qui favorisent la reprise de poids.
- Oui, une reprise importante est fréquente à l’arrêt.
- Non, ça ne veut pas dire que tu as échoué ou que tu n’as pas « assez appris ».
L’accompagnement nutritionnel et comportemental garde toute sa valeur, mais il ne doit jamais être vendu comme une méthode qui garantirait de maintenir ton poids après l’arrêt du médicament.
Mon objectif n’est pas de te rendre assez « raisonnable » pour te passer un jour de ton traitement. Il est de t’aider à préserver ta santé, ta masse musculaire, ta qualité nutritionnelle, ton plaisir alimentaire et ta relation à la nourriture, pendant le traitement, comme après.
Parce que la bonne question n’est peut-être pas « comment arrêter le médicament », mais plutôt « quelle prise en charge me permet de vivre mieux et durablement avec mon obésité »
Sources
Sources : .Wilding et al., NEJM 2021 ; Wilding et al., Diabetes Obes Metab 2022 ; Rubino et al., JAMA 2021 ; Jastreboff et al., NEJM 2022 ; Aronne et al., JAMA 2024 ; Aronne et al., NEJM 2025 ; OMS, guideline GLP-1 et obésité, 2025.






